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Noël Somé ou la révolution techno-agricole en marche !
3 septembre 2016
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Jeune entrepreneur agritech, il a séjourné à Boston pendant environ deux mois (juin-juillet 2016) où il a défendu son projet dénommé ‘’kakworo’’ au Mandela Washington Fellowship réunissant près de mille jeunes du monde. Dans le cadre du programme YALI (Young African Leaders Initiative) initié par le président Barack Obama, il y a même reçu le prix de US Foundation for African Developpment. Noël Somé, puisqu’il s’agit de lui, est un jeune féru de l’entrepreneuriat et pur produit de l’Institut burkinabè des arts et métiers (IBAM). Il nous présente ici son projet et sa vision de l’entrepreneuriat.

AE : Pouvez-vous nous présenter le projet kakworo ?

Noel Somé : Le projet kakworo, à la base, est un projet de communication, parce que c’est depuis l’année passée que je l’ai rédigé. Je l’ai présenté à d’autres compétitions au CFI (Ndlr : Canal France International) en tant qu’un projet de communication en fait. Ce projet avait été sélectionné parmi les 12 meilleurs et entre temps je devais aller à Paris dans ce cadre mais malheureusement mon visa a été rejeté. Donc je suis allé aux États-Unis cette année, j’ai repris le même projet, mais avec des nuances parce que la version qui était soumise à la compétition de CFIétait plus orienté vers la communication-journalisme. Le concours réalisé en ligne avait porté justement sur le journalisme et le développement web. Voilà d’emblée ce que ça a été bien avant que je ne parte aux États-Unis.

Quand j’ai été sélectionné pour aller aux États-Unis en tant que YALI (Ndlr : Young African Leaders Initiative), j’avais toujours l’idée en tête. Je savais que le projet était pertinent. J’ai décidé alors de prendre le même projet tout en me penchant et en mettant particulièrement en exergue sa dimension Impact social.

Essentiellement le projet kakworo est une multiplateforme de communication orientée pour le monde rural, agricole. L’idée, est partie du fait que beaucoup de gens ont le téléphone portable. Ils ont accès aux différents réseaux. Il y a aussi beaucoup de paysans qui ont des téléphones portables. Souvent, ils ne savent pas quoi faire avec, parce qu’ils n’ont pas assez de contacts. Moi, je suis ici (Ndlr : Ouagadougou), j’ai des frères, des cousins au village. Je sais qu’au début, ils passaient leur temps à me biper. C’est vrai qu’en ville on utilise ça pour les affaires, mais ces gens au village ont voulu le posséder pour vraiment être au point des nouvelles technologies, pour qu’on dise qu’ils ont un téléphone. Et souvent même, ils ne connaissent pas l’utilité de la chose. Je me suis dit qu’on pouvait exploiter ce canal pour fournir des informations utiles à ce monde-là. Je me suis dit aussi que le monde rural a besoin de beaucoup d’informations ne serait-ce que les informations sur leurs activités principales qui sont l’agriculture et l’élevage. Et comme beaucoup d’entre eux ont des téléphones, il faut leur permettre d’utiliser ces téléphones à bon escient. Et donc, je me suis alors dit que si je mets en place une plateforme SMS qui sera couplée avec un kiosque vocal dans les langues nationales, cela permettrait de diffuser de l’information. C’est-à-dire qu’on va collecter les informations sur le marché agricole et ces informations seront diffusées tant en vocal qu’en SMS parce qu’il y a certains qui savent lire également dans ce milieu. Cela permettra à ces gens de découvrir une autre manière d’exploiter le téléphone.

Mais de façon concrète, comment comptez-vous mettre en œuvre ce projet ?

D’abord je suis en train de travailler sur la mise en place de la plateforme. Ensuite, il faut que je collabore avec des gens pour pouvoir collecter les informations dont j’ai besoin. Il y a des structures qui ont déjà des données sur le marché. Nous pourrons collaborer avec eux pour diffuser les informations ou bien alors, si je n’y arrive pas, j’essaierai en tout cas d’avoir des contacts dans certains grands marchés stratégiques où je pourrai récolter les informations et je les communique. Si je prends par exemple le Sud-Ouest, je peux avoir quelqu’un à Dano qui peut par semaine ou par jour, ça dépend de nos collaborations, diffuser les informations sur les différents prix du mil, maïs, de niébé ou encore combien coûte une chèvre, un poulet, etc. Ces informations peuvent non seulement être diffusées aux paysans de Dano mais aussi des villes environnantes parce que l’esprit c’est de diffuser l’information à d’autres villes ou villages.

Vous allez commencer donc par Dano ?

Pas forcément ! En fait, tout va dépendre des rencontres que je ferai incessamment avec certaines personnes qui travaillent déjà avec le monde agricole, parce que moi-même j’avais des contacts avec le monde agricole. Donc la prochaine étape consistera à rencontrer des gens dont je sais qu’ils travaillent avec ce milieu. En fait, je veux voir avec un réseau déjà organisé pour débuter. Il faut avoir un milieu organisé où tu passes par le chef pour diffuser l’information. Et là, c’est facile d’avoir des données parce qu’il faut des données. C’est-à-dire que quand tu prends le numéro d’un paysan, il faudra noter sa langue d’usage pour qu’il puisse comprendre l’information que tu vas lui envoyer. Il y a aussi l’information sur les bonnes pratiques agricoles à diffuser. Là, je vais collaborer avec les techniciens en la matière.

Concrètement, comment seront diffusées ces informations ?

Par exemple, les bonnes pratiques agricoles peuvent être diffusées en vocal. On peut déjà faire des simulations d’une minute où on peut expliquer aux gens. Et on peut aller loin, on ira loin d’ailleurs, on peut faire un système interactif aux paysans qui veulent bien. C’est-à-dire que dès que tu sèmes par exemple, on prend les spéculations agricoles. Et tu peux envoyer la date au système et le système au temps opportun va te rappeler quelle action suivante à faire. Cela va être implémenté avec les techniciens agricoles qui vont établir par exemple tout le processus, l’algorithme du processus de telles spéculations. Il y a des spéculations agricoles qui sont souvent difficiles à maîtriser. C’est sur ça qu’on va surtout mettre l’accent. Le paysan pourra envoyer juste un sms s’il sème aujourd’hui. Et on va lui rappeler à telle date ce qui doit être fait (sarclage, mise d’engrais…). Ça va éduquer les gens sur les spéculations spécifiques et l’intérêt réside au fait que cela va être facile pour des gens qui veulent développer de nouveaux produits agricoles que ce soit des ONG ou bien d’autres entreprises. Le paysan est alors au courant des informations et il suit ça.

Avez-vous déjà fixé une échéance pour le début probable du projet ?

Normalement, on doit commencer les choses d’ici à fin octobre ou début novembre. On va commencer à mettre en place les plateformes. Nous allons vraiment travailler avec ça. Nous allons beaucoup communiquer avec les paysans et si besoin passer aussi par les groupements des paysans, etc. Donc, c’est un outil efficace de communication parce que comme je le dis, il y a plein de choses que les paysans ne savent pas gérer. Il faut noter qu’en 2011-2013, je gérais une société, la société est toujours là, mais c’est qu’on est en train de basculer vers autre chose. On a introduit la production du soja dans les villages. Mais le problème c’est qu’il y a beaucoup qui ne maîtrisent pas bien les aspects techniques. Il y a beaucoup qui ont échoué. Et je pense qu’une telle plateforme peut bien les éduquer. C’est une plateforme où le paysan est sensibilisé, il peut envoyer un sms. S’il sème aujourd’hui, il peut envoyer un sms et la plateforme va le guider à travers la diffusion des informations. Quand c’est une spéculation connue des paysans, ces derniers diront qu’ils n’ont pas besoin d’informations mais ce n’est pas tout qu’on maîtrise. Il y a des ONG qui veulent par exemple tester certains produits. Et c’est souvent compliqué pour elles. S’il y a déjà une bonne plateforme établie, elles peuvent passer par ce canal pour diffuser l’information.

Quels sont alors vos moyens financiers et techniques ?

Financièrement, je vais avoir l’appui de USADF (Ndlr : United States for African Developpment Foundation) jusqu’à une certaine hauteur. Techniquement, moi-même je suis un informaticien. J’ai déjà développé des applications SMS et autres. Je vais travailler bien sûr en collaboration avec d’autres amis techniciens pour la mise en place de cette plateforme. Maintenant après la production de celle-ci, je vais devoir travailler avec des partenaires qui maîtrisent le monde rural comme ça on pourra faire quelque chose que les paysans pourront s’en approprier.

On constate que les jeunes sont de plus en plus intéressés par l’entrepreneuriat. Auriez-vous un conseil à leur donner ?

Je l’ai toujours dit, il faut que les jeunes croient en eux. Il faut être audacieux pour pouvoir s’orienter vers l’entrepreneuriat. Souvent même, il faut refuser certains postes. Nous autres, si on voulait travailler, c’est sûr qu’on allait avoir du travail. Il y a des postes qu’on a refusés parce qu’on a d’autres visions. Je pense que les jeunes qui croient en leur projet d’entreprise doivent avoir le courage de refuser certaines offres quand ça ne les arrange pas. On n’a pas dit de tout refuser, ça dépend ! C’est à chacun d’en juger, mais il ne faut pas que les jeunes soient dans une sorte de canevas connu de tous. On n’ira pas loin. On ne fera rien de grand si c’est pour suivre les autres, parce que si on fait ce que les autres ont l’habitude de faire, le résultat sera toujours le même. Il faut que les jeunes s’ouvrent d’esprit et qu’ils ne mettent aucune limite en eux, même pas de barrières technologiques ni linguistiques. J’ai défendu ce projet dans un milieu anglophone. Personne ne comprend le français là-bas. Je me suis battu en tant que francophone pour y arriver. Cela veut dire que je me suis dit que la barrière linguistique ne doit pas être un handicap parce que quand tu as de bonnes idées, c’est par la langue que tu peux défendre ton idée. Bien attendu, il faut que ces jeunes s’intéressent à l’anglais et au monde anglophone. Il faut enfin qu’ils s’approprient les outils technologiques. Je vois aujourd’hui des jeunes qui, lorsqu’ils sont dans des filières où on n’utilise pas la technologie, ne s’y intéressent pas. Ils ne vont jamais aller loin, car la technologie n’est pas une affaire de technicien ni d’informaticien. Ce sont des outils de travail. J’aimerais bien terminer en disant que je suis disponible à encadrer des jeunes, tant dans le secteur technologique que dans le montage de projet pour les mobilisations de fonds parce que cela fait la quatrième fois que j’ai gagné des grants (récompenses).

Propos recueillis par Aris Somda
afrikeveil.org



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