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" L’objectif est de travailler à réduire les disparités inter et intra régionales " Martial Wilfried Bassolé, coordonnateur du PADEL
18 novembre 2018
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Lancé en 2016, le Programme d’appui au développement des économies locales (PADEL) couvre la période 2017-2020. La première phase de ce programme a concerné en 2017, la région du Sahel, la deuxième phase concerne pour cette année 2018, les régions de l’Est, de la Boucle du Mouhoun, du Centre-Nord, du Nord, du Centre-Sud et du Centre-Est. Et la troisième phase démarrera en 2019 dans les six régions restantes. Pour en savoir davantage sur les objectifs, le point des activités déjà réalisés, l’impact de ce programme sur les collectivités et surtout les stratégies de mise en œuvre de la troisième phase, nous avons rencontré le coordonnateur du PADEL, Martial Wilfried Bassolé.

Quelles sont les raisons qui ont prévalu à la création du PADEL ?

Martial Wilfried Bassolé (M.W.B) : Le Programme d’appui au développement des économies locales (PADEL) est un programme voulu par le chef de l’Etat qui, dans son programme de candidat aux élections présidentielles de 2015, avait pris l’engagement de travailler à réduire les disparités aussi bien entre les collectivités territoriales qu’au niveau même des collectivités territoriales au regard du taux de pauvreté élevé. Les résultats de l’enquête sur les conditions de vie des ménages de 2014 ont montré que plus de 4 Burkinabè sur 10 vivent en dessous du seuil de pauvreté. C’est donc pour répondre à cela que le PADEL a été initié.
Le diagnostic pour comprendre la situation de pauvreté au niveau des populations surtout en milieu rural a fait ressortir qu’en dehors des milieux urbains, notamment Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, il y a très peu d’opportunités pour développer l’économie locale. Alors que si on n’arrive pas à développer l’économie locale, il est difficile d’avoir des richesses à partager, difficile de créer des emplois et difficile de générer des revenus. En analysant les causes de cette faible performance des économies locales, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y a trois problèmes qui sont à la base de cette situation ; la faiblesse de la plateforme infrastructurelle ; le manque d’esprit entrepreneurial des populations et la contrainte financière.

Pourquoi le PADEL a fait le pari d’agir directement sur les économies locales ?

Pendant longtemps, on a beaucoup travaillé sur l’accès aux services sociaux de base. Les collectivités territoriales ont mis l’accent sur la question de l’accès à l’eau potable et l’assainissement, à l’éducation, à la santé, etc. Ce qui n’est pas mauvais en tant que tel, mais ce n’est pas suffisant, il faut aller au-delà de l’approche par les besoins pour accroître les capacités des populations, pour qu’elles puissent générer des revenus et être capables de se prendre elles-mêmes en charge, d’où l’option de travailler sur les économies locales.
L’analyse nous a permis d’identifier trois problèmes majeurs cités plus haut. Etant dans une logique de faire en sorte que personne ne soit exclu, un quatrième volet a été ajouté. Il s’agit de l’inclusion des populations vulnérables à travers la mise en place d’une plateforme de protection sociale pour les populations vulnérables.

Pouvez-vous énumérer quelques actions concrètes déjà réalisées par le PADEL ?

Nous avons réalisés plusieurs actions. Il y a eu l’aménagement d’un périmètre irrigué avec adduction d’eau moderne à Markoye au profit des femmes ; l’extension du Centre médical urbain de Dori ; la construction de deux CSPS à Sampelga et à Tongomayel ; la construction de 2 gares routières à Dori et Seytenga ; l’acquisition de trois ambulances au profit de la région du Sahel ; la réalisation de trois marchés centraux et plus de 270 boutiques de rue ;
le renforcement des capacités de gestion de plus de 797 promoteurs d’unité de production informelle ; le renforcement des capacités de 75 promoteurs en électricité auto et moto, en coiffure, en broderie et en menuiserie. Ces formations aux métiers et à l’emploi ont été sanctionnées par la remise de kits d’installation aux promoteurs à hauteur de 20 millions de francs CFA environ. Nous avons également assuré le financement des activités génératrices de 617 promoteurs et promotrices pour un montant de 77 040 000 de francs CFA ; la remise de matériels roulants dont 13 motos, 23 véhicules au profit des unités de gestion des composantes, des antennes régionales et de l’Unité de coordination nationale ; la location de trente stands d’une capacité de 9m2 pour des promoteurs d’entreprise à l’occasion de la 15e édition du SIAO 2018 pour un montant de 13 millions de francs CFA.

Quel est le coût global du PADEL ?

Il est estimé à un peu moins de 400 milliards de francs CFA à mettre en œuvre sur trois ans.

Le programme est-il financé sur fonds propres ou par des partenaires extérieurs ?

Il est évident que le gouvernement ou les collectivités territoriales à elles seules ne peuvent pas mobiliser près de 400 milliards de francs CFA sur trois ans pour ce programme. 55% des financements viennent des partenaires techniques et financiers. Le processus est en cours et ces partenaires ont déjà répondu ou sont en train de répondre. C’est d’ailleurs dans la logique de la mobilisation de ces partenaires, que s’est tenu en juillet 2018 une table ronde pour le financement en marge de la table ronde du PNDES.

Qui sont ces partenaires
financiers ?

Aujourd’hui, nous avons la Banque Ouest-africaine de développement (BOAD), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et la Coopération japonaise. Nous avons également la Banque Arabe pour le Développement Economique de l’Afrique (BADEA).
Et nous sommes en prospection ou en négociation avec d’autres. C’est notamment la Coopération Suédoise, la Banque Islamique de Développement, le Royaume de Belgique et le Royaume d’Arabie Saoudite avec lesquels nous sommes en négociation.

Le PADEL s’étend sur la période 2017-2020. Est-ce que vous allez pouvoir mettre en œuvre toutes les activités dans ce temps ?

On ne peut pas dire si on peut mettre en œuvre toutes les activités. Il y a un certain nombre de risques qu’on a identifié, nous estimons que si ces risques sont mitigés, nous pouvons mettre en œuvre tout le programme. Les capacités techniques existent pour exécuter le programme sans difficultés jusqu’à la fin.

Vous parlez de risques qui pourraient vous empêcher de réaliser le programme tel que conçu, quels sont ces risques ?

Il y a la question sécuritaire qui est une contrainte majeure, qui rend certaines zones difficilement accessibles. Il y a aussi la question de la situation sociopolitique. Nous travaillons avec les collectivités territoriales si dans une localité, il y a des troubles au niveau du conseil municipal ou du conseil régional, il va de soi qu’on ait des difficultés à mettre en œuvre le programme.
L’impact de la situation sociopolitique c’est aussi sur la mobilisation des financements, puisque les partenaires jouent un rôle important dans le financement du programme.
Nous estimons que s’il y a des troubles, il y aura des risques que certains partenaires se retirent et ça peut aussi jouer sur la mobilisation des ressources. Le dernier point et non des moindres, c’est l’adhésion des acteurs sur le terrain.
Si vous n’avez pas l’adhésion des populations notamment des propriétaires terrains, il serait difficile de pouvoir dégager des terres sur lesquelles ces infrastructures doivent être réalisées, si vous n’avez pas des gens qui sont intéressés par l’entreprenariat, il va être difficile de pouvoir faire émerger des entrepreneurs.

Quelles sont les démarches en cours pour l’effectivité du programme dans les six prochaines régions ?

La première étape, c’était la phase pilote qui a concerné la région du Sahel sur laquelle on a commencé à intervenir depuis 2017.
La deuxième étape, en 2018, nous couvrirons six régions supplémentaires à savoir le Centre-Sud, le Centre-Nord, le Nord, l’Est, le Centre-Est et la Boucle du Mouhoun. Et en 2019, nous couvrirons les six autres régions du pays. Pour ces six régions, le processus est engagé depuis fin 2017 où nous avons commencé d’abord par faire des ateliers d’informations avec l’ensemble des acteurs au niveau régional. Ensuite, nous sommes passés à la deuxième phase qui est la phase de planification à travers des ateliers provinciaux de planification où chaque responsable de collectivité territoriale travaille en collaboration avec les services techniques déconcentrés pour identifier les investissements qui seront réalisés sur le terrain. Et après cela, on revient à une phase de validation de ces propositions au niveau régional à travers le cadre régional de dialogue. Après cette étape, l’ensemble des éléments qui sont retenus font l’objet d’adoption, d’approbation par le comité national de pilotage du programme.

Sur quelle base va se faire
la répartition de l’enveloppe budgétaire ?

L’objectif est de travailler à réduire les disparités inter et intra régionales. Donc sur cette base-là, on a utilisé un certain nombre de critères qui permettent d’approcher un peu le niveau de pauvreté au niveau de chaque collectivité territoriale pour permettre justement de voir quelles sont les collectivités, qui sont les moins nanties et auxquelles on va donner plus de ressources. Quelques critères qui sont utilisés, c’est le niveau de recettes propres des collectivités territoriales, le taux brut de scolarisation et également l’effectif de la population de la collectivité territoriale. Il y a un apport qui est attendu des collectivités territoriales, qui est estimé à environ 5%, mais cet apport n’est pas nécessairement financier, il peut être en nature notamment à travers la mise à disposition des terres, l’accompagnement et le suivi sur le terrain.

Comment comptez-vous vous y prendre pour l’adhésion effective des bénéficiaires à ce programme ?

Le programme est conçu pour répondre aux besoins des acteurs sur le terrain. Ce qui fait que les décisions sont prises par les acteurs eux-mêmes. Il revient à la collectivité territoriale d’identifier ce dont elle a besoin.
A notre niveau, nous utilisons des critères pour faire la répartition de l’enveloppe financière entre les collectivités territoriales et une fois que la répartition est faite, on donne l’information à chaque collectivité territoriale qui identifie ce qu’elle veut réaliser avec les ressources mises à sa disposition. Dans cet exercice, on insiste beaucoup auprès des collectivités territoriales pour que les décisions qui sont prises viennent du conseil municipal dans un premier temps et qu’on y associe également les populations pour qu’on se garantisse l’adhésion des populations avant d’aller sur le terrain. Lorsque nous sommes à la phase de réalisation ou de mise en œuvre du programme sur le terrain, nous veillons à ce que les populations soient intimement impliquées dans le processus pour que ce qui va sortir réponde à leurs besoins et que vraiment elles s’approprient cela.
Au vu de l’expérience sur le terrain, on se rend compte que c’est quelque chose qui est très porteur. Parce qu’on a fait en sorte que les populations soient les principaux acteurs de suivi de la réalisation des infrastructures. Qu’ils jouent en fait un rôle de contrôleur sur le terrain.
Dans certaines localités même, chaque jour nous recevons le retour sur l’évolution. Ils nous envoient les images à travers les réseaux sociaux pour montrer comment évoluent les travaux sur le terrain et au moindre incident, nous sommes ici mais nous avons l’information à la minute qui suivait. Les actions menées dans ce domaine permettent de garantir la forte implication des populations et l’ensemble des acteurs sur le terrain. Pour ce qui concerne les services techniques déconcentrés, dans l’identification des investissements à réaliser ils s’associent aux collectivités territoriales, mieux au niveau régional, c’est le cadre de dialogue régional qui valide ce qui a été retenu par les collectivités territoriales. Ça permet de nous assurer que nous sommes en cohérence avec ce qui est prévu au niveau des départements ministériels.

Est-ce qu’il y a des attentes particulières par rapport aux populations impliquées vue que la création de ce programme suscite beaucoup d’espoir ?

L’attente majeure c’est vraiment la forte implication et le maintien de l’engagement des populations dans la mise en œuvre du programme depuis la phase d’identification des actions à mener jusqu’au suivi.
Mieux, au-delà de la réalisation des actions sur le terrain, nous mettons l’accent sur la durabilité parce que pour nous l’important n’est pas de réaliser une infrastructure mais que cette infrastructure serve effectivement à l’économie locale à travers la réalisation d’une activité productive sur le terrain. Donc, c’est surtout sur cet aspect-là que nous attendons l’implication des acteurs et nous essayons de les accompagner à s’organiser pour l’occupation de ces infrastructures réalisées et également pour capter les opportunités de financement qui se présentent afin de pouvoir vraiment contribuer à développer les économies locales. Nous travaillons aussi à les suivre une fois qu’ils reçoivent l’accompagnement ou qu’ils occupent les infrastructures. Nous travaillons à mettre en place un mécanisme qui permet de les suivre jusqu’à garantir que ce qui est mis sur le terrain sera durable. C’est vraiment une particularité de ce programme, nous avons une attention particulière sur la durabilité.

Vous insistez sur la durabilité des infrastructures, comment est assurée la maîtrise d’ouvrage ?

La maitrise d’ouvrage, elle est triple. L’identification des infrastructures est du domaine de la collectivité territoriale. Nous sommes dans une logique où les collectivités territoriales ont une certaine autonomie dans la réalisation, donc la logique voudrait qu’au niveau du programme, nous définissions les enveloppes, nous mettions ça à la disposition des collectivités territoriales à charge pour elles de pouvoir assurer la maitrise d’ouvrage de bout en bout, c’est-à-dire de la conception des projets, la contractualisation, le suivi des travaux sur le terrain jusqu’à la fin. Mais, nos collectivités ont beaucoup de difficultés à pouvoir assurer cette maitrise d’ouvrage compte tenu de la faiblesse des capacités techniques mais également compte tenu de la lourdeur des procédures de passation des marchés.
Pour résoudre ce problème, nous avons fait intervenir un acteur externe qui est le Programme des Nations-unies pour le développement avec lequel nous avons signé une convention pour lui demander d’assurer la maitrise d’ouvrage technique à savoir concevoir les projets et recruter les entreprises, assurer le suivi de la réalisation sur le terrain et payer ce qui a été fait.

Quels sont les avantages de la contractualisation avec le PNUD ?

On a des procédures assez lourdes, on a des collectivités territoriales qui n’ont pas les capacités nécessaires. Nous avons la contrainte des délais.
Nous avons trois ans pour réaliser des infrastructures à hauteur de 400 milliards environ. Et si nous ne prenons pas les dispositions pour assurer la célérité, nous risquons de nous retrouver à la fin du programme sans avoir atteint les objectifs fixés. C’est pour ça que nous avons fait l’option de signer cette convention avec le Programme des Nations Unies qui a une très grande expérience en la matière pour faire en sorte qu’ils prennent en charge la conception technique une fois que le besoin est identifié. Quand on a la conception technique, ils élaborent l’appel et lancent l’appel d’offre, ils recrutent les entreprises et ils assurent le suivi. Ça a trois avantages.
Le premier avantage est que ça nous permet d’avoir un acteur expérimenté à nos côtés. Le deuxième avantage, ça nous permet de garantir la célérité dans l’exécution parce que le Programme des Nations Unies a des procédures très accélérées comparativement aux procédures nationales. Et à ce sujet je voudrais vous dire que nous passons les marchés depuis la phase de la conception des dossiers d’appels d’offre jusqu’à la contractualisation dans un délai maximum de 2 mois pour tout ce que nous réalisons sur le terrain. Alors que si nous utilisons les procédures nationales nous ne serions pas à moins de 4 mois sinon même plus pour les mêmes types d’infrastructures. Le troisième avantage, nous bénéficions du label PNUD. Nous avons des avantages avec le fait de passer par le PNUD qui est réputé être institution internationale bon payeur. Lorsque ces garanties sont établies, les délais d’exécution aussi sont respectés. Je peux vous dire que sur tout ce que nous avons réalisé en 2017, il n’y a pas une seule entreprise qui a livré hors délai.
Toutes les entreprises ont livré dans les délais parce qu’elles savent que on a un partenaire avec lequel elles savent que lorsqu’elles auront fini, elles seront payées sans problème.

Quel message avez-vous pour les populations des six régions dans lesquelles vous allez vous déployer bientôt ?

Dans les autres régions, nous savons que les gens sont impatients, surtout qu’on a commencé les travaux depuis novembre 2017.
Nous leur disons de prendre leur mal en patience, nous sommes en train de travailler de manière à ce que lorsqu’on démarrera, qu’au bout de trois mois, les résultats soient concrets sur le terrain. C’est le message à porter aux acteurs des six autres régions dans lesquelles nous aurons à intervenir en 2018. Pour les six dernières régions dans lesquelles nous devons intervenir à partir de début 2019, là aussi, je leur dis que même si elles sont dernières, elles ne seront pas les moins bien servies.
Bien au contraire on aura eu le temps de tirer les enseignements ailleurs de sorte qu’à notre arrivé là-bas les choses aillent beaucoup plus vite, que nous n’ayons pas à vivre les écueils que nous avons vécus dans le Sahel ou éventuellement que nous pourrons vivre dans les six autres régions au cours de l’année 2018.

Interview réalisée par
Gaspard BAYALA
Emilienne COMPAORE
(Stagiaire)
Sidwaya.bf



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