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France : Pierre Gattaz, "Les entrepreneurs sont des héros"
1er mars 2015

Dans une interview exclusive accordée à Chefdentreprise.com, le président du Medef, Pierre Gattaz, exhorte les syndicats réformistes à reprendre les négociations sur le dialogue social. Tout en rappelant que le Medef est aussi le syndicat des patrons de TPE et de PME.

Chefdentreprise.com : Vous sentez-vous responsable de l’échec des négociations sur le dialogue social ?

Pierre Gattaz : Nous avons tous une part de responsabilité. Mais ce n’est qu’une bataille que nous avons perdue. Car je reste convaincu de la nécessité de moderniser notre dialogue social, trop institutionnel, rigide et complexe. Au dialogue de posture et d’opposition, nous devons préférer un dialogue direct, de pragmatisme et de construction. J’ai proposé aux syndicats réformistes et au ministre du Travail, François Rebsamen, de se remettre au travail. S’ils doivent faire une loi, autant la faire, non pas contre les partenaires sociaux, mais avec eux.

Depuis l’échec des négociations, vous êtes-vous rapproché de la CGPME, fermement opposée à votre proposition de commissions paritaires régionales ?

Les appareils ne doivent pas se battre les uns contre les autres. J’ai retendu la main au nouveau président, François Asselin. Car, au Medef, nous n’avons qu’un seul objectif : que la France et les Français redécouvrent l’économie de marché et renouent avec la croissance et l’emploi. Et c’est dans cet objectif que nous avions proposé les commissions paritaires régionales qui, nous l’avons dit et redit, ne seront ni intrusives dans le fonctionnement des TPE/PME, ni coûteuses pour elles. Elles ne représenteraient qu’un soutien et un support pour les salariés et les chefs d’entreprise afin d’éviter le recours systématique à l’inspection du travail. D’autant que ce système fonctionne déjà, et très bien, dans quatre fédérations, celles des professions libérales, des artisans, des agriculteurs et des employés à domicile, soit deux tiers des petites sociétés du pays.

Par ailleurs, j’insiste bien : la CGMPE n’a pas le monopole de la représentation des petites entreprises. Car le Medef, c’est 750000 adhérents, dont 90 % sont des TPE et des PME. Certes, nous avons le CAC 40 et 4500 ETI, mais la moyenne de nos membres dirige des sociétés de 20 personnes. Pas plus.

Le Medef est en effet plutôt perçu comme le syndicat des grands patrons...

Mais c’est faux. La première cible pour le Medef, ce sont les TPE/PME. Car c’est là que se créera l’emploi de demain dans la restauration, le service, le numérique. La seconde, ce sont les pouvoirs publics que nous sensibilisons à la pression fiscale et à la peur de l’embauche des entrepreneurs. Nous avons provoqué un virage entrepreneurial du président de la République, confirmé par le Pacte de responsabilité et la réduction de 40 milliards d’euros de charges. Déjà avec le CICE 2014 et la baisse du coût du travail, les TPE et PME françaises en ont perçu les premiers bienfaits. Mais nous n’allons pas en rester là. Nous demandons ainsi le lissage à 9, mais surtout à 49 des seuils sociaux, aujourd’hui dramatiques. Nous proposons aussi de fusionner les comités d’entreprise, les CHSCT, les délégués du personnel et les délégués syndicaux en une seule instance : le conseil d’entreprise. Pourquoi ? Pour réduire le nombre de réunions redondantes où vous retrouvez souvent les mêmes personnes qui redisent plus ou moins la même chose dans quatre structures différentes à quelques jours d’intervalle. Et pour simplifier la vie des entrepreneurs et les aider à embaucher.

Concrètement que proposez-vous pour faciliter l’embauche dans les petites structures ?

On ne le dit pas assez, mais les entrepreneurs sont des héros. Au début de ma carrière, à la fin des années 1980, j’ai piloté Fontaine Électronique, une structure de 45 personnes. Eh bien, vous faites tout : DRH, expert-­comptable, manager des ventes, patron de l’innovation et de la R & D. Et depuis, j’ai une admiration sans borne pour ceux qui se lancent et démarrent leur boîte. Il faut leur simplifier la vie. C’est une formidable armée : 3 millions d’employeurs ont moins de 10 salariés. Et le Medef est là pour encourager et accompagner leur audace. D’ailleurs, à partir de mai, nous organisons, dans des Medef locaux, nos Forums de la croissance, de mini-colloques régionaux avec vidéos et stands.

Concernant le compte pénibilité, une mission est actuellement menée par le chef d’entreprise Gérard Huot et le député Christophe Sirugue. Qu’en attendez-vous ?

Nous nous sommes battus comme des malades et nous avons obtenu la création de cette mission. Une initiative qui ne sera un succès que si elle simplifie le dispositif existant. La pénibilité ne doit apporter ni contrainte, ni coût supplémentaire à l’entreprise et surtout refuser les mesures individuelles. Cette réforme doit, au contraire, se concentrer sur la prévention, la formation, l’employabilité, ainsi que la robotisation des tâches répétitives.

Se discute actuellement aux chambres la loi Macron. Selon vous, quelle efficacité aura-t-elle sur la croissance et l’activité des TPE et des PME françaises ?

Je soutiens la loi Macron. Mais elle ne doit être qu’un début. Elle contient des avancées notables, telles que la liberté des transports interurbains et l’ouverture des professions réglementées. Là où je suis un peu frustré, c’est pour le travail du dimanche et après 21 heures. Il faut laisser la liberté aux commerçants et artisans de travailler ou pas. Avoir à Paris deux zones considérées comme touristiques internationales me paraît très réducteur. Tout comme passer de 5 à 12 dimanches par an. Je rappelle que la filière touristique représenterait un vivier de 150000 emplois à créer. Le travail en soirée est aussi trop restreint. Surtout que la grande majorité des salariés sont demandeurs. Je suis scandalisé par des postures politiciennes qui sont à l’envers de l’évolution d’une France qui doit bouger pour gagner en compétitivité.

De nombreux petits commerçants craignent, au contraire, cette ouverture dominicale que seules les grandes enseignes pourraient se payer...

Oui, et je les entends. C’est pourquoi il faut laisser le choix et le marché se faire. Comment ? En créant, territoire par territoire, ville par ville, des commissions ad hoc pour déterminer les zones d’ouverture. Ce ne sont pas aux lois et décrets de décider et d’imposer. Au contraire, les acteurs locaux doivent bénéficier d’une grande flexibilité et ce qui doit primer, c’est le business et le volontariat de nos salariés. Sur Amazon, 25 % des commandes se font le dimanche. C’est bien la preuve que les modes de vie évoluent et que la France doit changer.

Qu’attendez-vous de la mission confiée à Fanny Dombre-Coste sur la loi ESS, et ses fameux articles 19 et 20 ?

Ces articles prévoient la consultation, en cas de vente de l’entreprise, du personnel. Nous ne sommes pas contre. D’ailleurs, dans les faits, un chef d’entreprise sait si ses effectifs comptent un éventuel repreneur. Et préférera toujours consulter ses salariés plutôt que de fermer sa boîte. En revanche, ce que nous refusons, c’est la sanction, l’annulation de la vente. Cette mesure doit être supprimée. Car le pragmatisme doit l’emporter sur le dogmatisme.

Eloïse Cohen
chefdentreprise.com


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